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«On paie en euros, mais on compte encore en francs» L'analyse de Jean-Michel Servet, sociologue à l'IRD: |
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«La crise qui secoue De l'avis général, la transition du franc
vers l'euro est un Il faut être prudent. Il faut distinguer la monnaie
dans laquelle on paie et celle dans laquelle on compte. De fait, l'euro
s'est imposé très vite comme moyen de paiement. Le basculement
a été très court. C'est inconfortable de vivre avec
deux monnaies dans la poche. Les gens sont très vite passés
à l'euro. Ils en ont même rajouté! Pour ne pas paraître
idiots en manipulant la nouvelle monnaie, ils ne recomptent même
pas la monnaie. Ils font savoir ainsi qu'ils s'installent dans la Alors tout va bien? Seule une petite partie du chemin a été
parcourue. Les gens paient en euros, mais ils ne l'ont pas adopté
comme unité de compte. Le processus est bien plus long et complexe
que ce qu'on avait imaginé. Pourquoi vingt ans? Une société peut vivre très longtemps,
en réglant dans une monnaie et en raisonnant dans une autre. Qu'on
connaisse très vite le prix du kilo de carottes et de la botte
de poireaux ne veut pas dire que c'est gagné! A la fin du XVIIIe,
on comptait en livres, en sous et en deniers, mais on payait avec ce qu'on
avait sous la main. En utilisant donc un système complètement
différent. En Grande-Bretagne, jusqu'à la fin des années
60, on fixait encore le prix des articles de luxe en guinées, alors
qu'on payait en livres. Les guinées, en tant que pièces,
ne circulaient plus depuis cent cinquante ans! Cette coexistence d'une
unité de compte et d'un moyen de paiement a duré pendant
des siècles dans les pays européens. Encore aujourd'hui,
quand les gens s'expriment en patois dans les provinces françaises,
ils se réfèrent aux «journaux» pour parler de
la valeur de la terre ou aux Le passage forcé à l'euro a-t-il provoqué
des réactions Dans un premier temps, les observateurs ont estimé
que tout cela relevait de la matérialité et de l'esprit
pratique. C'est trop simple. La crise qui secoue les milieux médicaux
et qui se focalise sur la Quelle analyse faites-vous de la variété
des réactions? Sentez-vous du Pas du tout. Ainsi, les portes et les fenêtres sur les billets, qui ne renvoient à aucun symbole national, sont très positivement perçues dans les foyers d'immigration récente. Ils disent: «C'est bien, c'est un monde ouvert.» De même les gens âgés, pour lesquels le changement de monnaie représente un coût, une fatigue que l'on subit, acceptent facilement l'euro parce que c'est un don fait aux générations futures, un gage pour l'avenir. Le clivage va se faire davantage entre les gens qui peuvent gérer la nouveauté et les autres, plus pessimistes. Les ménages modestes ont, eux, aussi plus de difficulté pour gérer la nouvelle monnaie, parce qu'ils n'ont pas le droit à l'erreur. Lire l'article d'origine sur le site de Libération |