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Les Etats-Unis mettent leur dollar fort entre parenthèses




WASHINGTON (AFP) - La redéfinition du "dollar fort" faite ce week-end par le secrétaire américain au Trésor John Snow trahit combien les Etats-Unis, dont l'économie flirte avec la déflation, ont décidé de mettre cette politique entre parenthèses.

Lors du G8 samedi à Deauville (France), M. Snow a expliqué que sa définition de la politique du dollar fort ne se limitait pas à la seule valeur de la monnaie, mais qu'il devait être à la fois un bon moyen d'échange, un bon placement, quelque chose que les gens veulent conserver, et une monnaie reflétant les fondamentaux de l'offre et la demande de devises.

Dès l'ouverture des marchés lundi, le billet vert a réagi à ces propos en plongeant face à l'euro, qui a dépassé son cours de lancement à 1,1737 dollar vers 8H30 GMT avant de reculer légèrement.

"Les Etats-Unis ont clairement indiqué qu'ils ne feraient aucun effort pour tenter de soutenir la monnaie", a estimé Robert Sinche, chef économiste du groupe Citibank.

"Snow a été parfaitement clair, la politique du dollar fort a été abandonnée et cela durera tant que les marchés financiers américains ne seront pas gênés par la perspective d'un dollar plus faible", a ajouté John Lonski, chef économiste à Moody's Investors Services.

La politique du dollar fort avait été mise en place en 1995 par l'ancien secrétaire au Trésor Robert Rubin, pour prévenir toute surchauffe de l'économie. Le contexte a changé depuis mais les responsables reprennent régulièrement ce dogme à leur compte.

La Maison Blanche a ainsi assuré lundi que "le gouvernement soutient un dollar fort". Mais la profession de foi est sans doute surtout destinée à empêcher que la glissade du billet vert ne se transforme en dégringolade incontrôlée.

Car les indices se sont multipliés ces derniers mois que la Maison Blanche se satisfaisait tout à fait d'un dollar affaibli, au fil des déclarations soigneusement distillées par John Snow.

Le 11 mai, il affirmait que "lorsque le dollar est à un niveau plus faible, cela aide les exportations". Le 4 mars, il s'était dit "pas particulièrement inquiet" de la baisse enregistrée par le billet vert.

L'économie américaine a en effet beaucoup à gagner d'un affaiblissement du dollar, qui a déjà perdu 9% de sa valeur face à l'euro cette année.

Un dollar plus faible rendra les produits américains plus attractifs à l'étranger, ce qui devrait doper les exportations et ainsi soulager le déficit abyssal de la balance des paiements courants (503,4 milliards de dollars en 2002).

Certes, les produits étrangers seront plus chers mais cela aussi est un atout à l'heure où l'économie américaine s'inquiète de plonger dans la déflation. "Une monnaie plus faible est un parfait antidote à la déflation", selon M. Lonski.

"L'élection (présidentielle) de 2004 est à l'ordre du jour aussi", estime Stephan Gallagher de la Société Générale, en soulignant que l'idée est à présent de "penser à la croissance américaine".

Pour l'instant, les risques pour l'économie américaine sont, de l'avis des analystes, plutôt limités, puisque le principal inconvénient d'un tel affaiblissement de la monnaie serait un risque d'inflation, qui ne menace pas vraiment.

Reste qu'avec sa petite remarque, John Snow a avalisé un processus revenant à exporter en Europe les velléités de déflation. "Un dollar plus faible devrait faire grimper les prix aux Etats-Unis, mais en Europe cela aura l'effet inverse", souligne M. Lonski.

La balle est à présent dans le camp de l'Europe et du Japon, qui devront prendre les mesures nécessaires pour que leurs monnaies fortes n'entravent pas la croissance.

"Les Japonais sont en train d'agir", a estimé M. Sinche. Mais selon lui, "l'euro s'est énormément apprécié et la vraie question est de savoir ce que fera la Banque centrale européenne", dont la prochaine réunion est fixée au 5 juin