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Les grandes multinationales qui délocalisent accusées d'antipatriotisme |
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PARIS (AFP) - Les grandes multinationales qui délocalisent semblent avoir de plus en plus de mal à se justifier dans leurs pays d'origine, à tel point que des responsables politiques en Allemagne, aux Etats-Unis ou en France accusent maintenant les patrons de manquer de patriotisme. Alors que la polémique couvait depuis plusieurs mois en Allemagne, le chancelier Gerhard Schroeder n'y est pas allé par quatre chemins cette semaine, en qualifiant "d'acte antipatriotique" un appel lancé aux sociétés allemandes pour qu'elles s'implantent en Europe de l'Est. Ludwig Georg Braun, président de la Fédération des chambres de commerce et d'industrie (DIHK), a conseillé "aux entreprises de ne pas attendre une politique meilleure, mais d'agir et de profiter des chances qui s'offrent par exemple à elles avec l'élargissement" de l'Union européenne. Au moment où les syndicats prêtent à Siemens (Xetra: 723610.DE - actualité) l'intention de délocaliser 10.000 emplois à l'étranger -ce que le groupe a démenti- et où les entreprises allemandes agitent l'épouvantail des délocalisations, cet appel a pu gêner le pouvoir politique. Mais la réponse du chancelier allemand, certes prononcée dans un cercle restreint, n'est pas sans rappeler l'un des axes majeurs de la campagne de John Kerry, le candidat démocrate à l'élection présidentielle aux Etats-Unis : la lutte contre les délocalisations, notamment vers l'Inde ou la Chine. "John Kerry va sauver des emplois en mettant fin aux pratiques antipatriotiques des firmes américaines qui délocalisent pour éviter de payer leur juste part de la charge fiscale de notre nation", peut-on lire, au chapitre de l'emploi, sur le site internet du candidat. Et dans ses discours, M. Kerry n'a pas hésité à fustiger les dirigeants de grandes firmes de son pays, en les qualifiant de "patrons Benedict Arnold", du nom d'un général traître à la cause américaine durant la guerre d'indépendance. Il est vrai qu'aux Etats-Unis aussi, la justification des délocalisations d'emplois, par le principal conseiller économique du président George W. Bush, a provoqué un tollé, tant chez des élus démocrates que républicains. En France enfin, devant un autre cercle restreint, le ministre de l'Economie Francis Mer avait sermonné en janvier, sur le thème de l'innovation et de la recherche, un parterre de patrons réunis à l'Institut de l'entreprise. "Dans votre stratégie, demandez-vous ce que vous pouvez apporter à la France, en termes d'emplois, de recherche et développement. Vous avez le devoir de penser à votre pays. Sans ça vous serez apatride", avait-il lancé, dans un discours à la tonalité inhabituelle pour cet ancien Pdg. Ces déclarations interviennent alors qu'un fossé croissant semble se creuser entre les grands groupes occidentaux et leurs pays d'origine. Ainsi, dans l'Hexagone, les groupes composant l'indice boursier CAC 40 (Paris: ^FCHI - actualité) ont vu l'an dernier leurs bénéfices monter en flèche, alors que la croissance du pays n'a été que de 0,2% du PIB. De même, une étude du Commissariat du Plan a mis en évidence que les entreprises internationalisées créaient aujourd'hui plus d'emplois hors des frontières françaises qu'à l'intérieur. Reste que les grands groupes continuent à défendre leurs politiques, en avançant l'argument des faibles coûts salariaux dans les pays d'implantation. Les délocalisations sont "une nécessité économique", a déclaré le patron du groupe allemand SAP (Xetra: 716460.DE - actualité) , numéro un mondial des progiciels, Henning Kagermann, tandis que les patrons américains ont créé une Coalition pour s'opposer à d'éventuelles mesures anti-délocalisations dans leur pays. |