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La BCE renvoie la France, l'Allemagne et l'Italie à leurs réformes




STRASBOURG (AFP) - La Banque centrale européenne (BCE) a sévèrement renvoyé dans les cordes jeudi la France, l'Allemagne et l'Italie, les appelant à cesser de dicter sa conduite à l'institut monétaire et signifiant qu'elle ne baisserait pas encore ses taux dans l'immédiat.

"Les gouvernements ne peuvent plus continuer à se cacher derrière la BCE pour dissimuler leur échec à mettre en place les réformes structurelles dont l'Europe a si urgemment besoin", a déclaré, manifestement irrité, son président Wim Duisenberg devant le Parlement européen à Strasbourg. "Nous avons fait ce que nous avions à faire" pour redonner du tonus à la croissance, avec une réduction de 1,25 point du taux directeur de la BCE depuis décembre dernier, à 2%, a-t-il fait valoir, en invitant les gouvernements à se mettre à leur tour au travail.

Il a nommément fait référence à des déclarations du Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, du chancelier allemand Gerhard Schroeder et du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi. La veille, M. Raffarin avait jugé que les récentes baisses de taux de la BCE étaient "un signe encourageant" mais souhaité qu'elles "puissent être poursuivies".

M. Schroeder n'avait pas dit autre chose mardi à Berlin en invitant l'institut monétaire de Francfort "à se demander s'il a suffisamment fait pour stimuler la croissance" anémique de la zone euro. M. Berlusconi a également encouragé la BCE à faire de nouveaux gestes.

Depuis le lancement de la monnaie unique, les relations entre les gouvernements, responsables de la politique budgétaire, et la BCE, en charge de la politique monétaire, traversent régulièrement des phases acrimonieuses, faute de réelle convergence. Mais la sortie de M. Duisenberg est inhabituelle à deux titres: d'abord par la vigueur de ses propos, et surtout parce qu'il se garde en principe de critiquer spécifiquement tel ou tel pays.

Le Néerlandais n'a il est vrai aujourd'hui plus grand chose à perdre. Il est désormais acquis qu'il prendra sa retraite à l'automne prochain, à 68 ans, pour être remplacé à la tête de la BCE par le gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet, récemment blanchi par la justice française dans l'affaire du Crédit Lyonnais.

Wim Duisenberg s'exprimait d'ailleurs jeudi pour la dernière fois devant le parlement européen à Strasbourg. La banque centrale n'est de toute façon guère d'humeur à composer en ce moment en raison du dérapage des déficits dans les deux principales économies de la zone euro, l'Allemagne et la France. Deux pays qui, malgré tout, programment de nouvelles baisses d'impôts l'an prochain pour soutenir l'activité.

A ceux qui appellent la BCE à faire encore un geste, lors de sa prochaine réunion le 10 juillet, M. Duisenberg a répondu par la négative. "Je veux être très clair: de l'avis du conseil des gouverneurs, l'orientation de la politique monétaire, avec un taux de 2%, est jugée appropriée" actuellement, a-t-il dit, ajoutant que "les perspectives de stabilité des prix sont restées globalement inchangées depuis notre décision du 5 juin".

La BCE avait alors réduit son taux principal d'un demi-point. Ce taux reste néanmoins encore deux fois plus élevé que celui en vigueur aux Etats-Unis, où il a été abaissé d'un quart de point fin juin, à 1%, afin de protéger le pays de la déflation.

Si M. Duisenberg a réfuté de son côté tout danger de ce type, la plupart des économistes n'en sont pas moins persuadés que la BCE réduira à nouveau le loyer de l'argent à partir de septembre. La Commission européenne a dressé mercredi un tableau très sombre de la conjoncture, tablant au mieux sur une reprise graduelle en fin d'année alors que l'Allemagne et le Portugal s'enfoncent dans la récession.