RETOUR
LE TEMPS NE RESPECTE PAS CE QUI SE FAIT SANS LUI

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque Chateaubriand prononce cette phrase, il fait référence à la période de la Révolution et de l’Empire qui ont voulu, en l’espace de quelques années, bouleverser des structures qui fonctionnaient depuis des siècles.

Les structures politiques essayées par la Révolution française ont fini par se mettre en place, après deux empires, deux restaurations, trois révolutions, quelques coups d’état, deux guerres civiles, combien de morts ? Combien d’efforts et de souffrances gaspillées?

L’euro devrait, nous dit-on, être mis en place en quelques années et, dans la pratique, pour le peuple, en six semaines. De qui se moque-t-on ? Si le temps de changer se mesure en mois pour un bébé, il se mesure en siècles pour de vieux peuples comme les nôtres, au minimum en générations.

Comment peut-on espérer provoquer une telle révolution dans un délai si court ? L’euro est dangereux car il n’y a pas d’exemple qu’un tel bouleversement se fasse si vite, sauf en force. Personne ne le fera de bon cœur sauf ceux qui cultivent la haine de Soi : notre monnaie porte notre nom.

Si les eurocrates avaient été sérieux dans leur volonté de “s’opposer à la dictature du dollar”, de “simplifier la vie des européens”, ils auraient procédé graduellement.

Ils auraient prévu de passer d’abord par une monnaie commune en plus des monnaies nationales. Cette monnaie existe d’ailleurs déjà depuis plus de dix ans, c’était l’écu, mais la population n’y avait pas accès. Seules les entreprises avaient la possibilité d’emprunter ou de placer dan cette monnaie commune aux membres de l’Union Européenne. On comprend d’ailleurs aisément pourquoi cette monnaie de référence fut supprimée : elle aurait pu servir à évaluer le sérieux des différentes monnaies nationales par simple comparaison des taux de change. Aujourd’hui, notre seul critère est le taux de change euro/$, CHF, £…. La responsabilité est diluée, la réélection assurée.

L’autre raison probable de la création de l’euro, monnaie unique, contre l’utilisation de l’écu, monnaie commune est plus simple.

Parce que de la même manière que le premier secrétaire du PC chinois, ingénieur en Bâtiment-Travaux Publics de formation, veut construire pendant son règne le plus grand barrage du Monde, au mépris de l’environnement et des risques techniques et humains, nos technocrates veulent marquer leurs règnes d’une grande réalisation, au mépris du possible, au mépris du temps nécessaire à une immense réforme, au mépris des peuples, au mépris de la Démocratie.

Utilisée seulement pour les comptes bancaires, le marché boursier et financier, les comptabilités publiques, une monnaie commune aurait prouvé sa validité et serait lentement entrée dans les mœurs au fil du temps.

La volonté populaire individuelle, la conscience acquise d’être des européens aurait fait le reste, à son rythme, les monnaies nationales auraient perdu du terrain puis lentement disparu comme s’effaceront un jour, peut-être, les frontières.

Au minimum, il eut fallu une génération et un parcours sans tache pour que la nouvelle monnaie s’impose. Six semaines ?

Changez vos économies en dollars avant le désastre.

Michel Prieur
prieur@cgb.fr