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Euro: l'Allemagne s'inquiète du dérapage des prix |
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BERLIN (AP) - L'"europhorie" semble évanouie dans les 12 pays de l'Union européenne qui avaient accueilli avec enthousiasme la monnaie unique le 1er janvier dernier. Cinq mois après l'entrée en circulation réussie de l'euro, le dérapage plus ou moins contrôlé des prix commence à préoccuper les politiques, du moins en Allemagne. Les Allemands ont en effet surnommé la nouvelle devise le "teuro", un jeu de mot avec "teuer", "cher". Un récent sondage montrait que la moitié d'entre eux reviendraient bien au mark s'ils avaient le choix. "Pour les produits de tous les jours, le vieux prix en marks a parfois été remplacé par le même prix en euros", soit le double, s'indigne Mike Newmann, un Allemand de 36 ans, devant un marché de la gare de Friedrichstrasse. Il cite les fruits et légumes, mais chacun possède son exemple marquant, café, bière ou menu dans les restaurants. "Bild", le journal le plus populaire du pays, a même lancé la semaine dernière une campagne baptisée "teuro sheriff". Le quotidien entend jouer les justiciers en dénonçant quotidiennement ceux qui ont augmenté de façon exorbitante leurs prix depuis l'euro. Chaque jour, "Bild" publie sa liste des courses de l'horreur : d'un abonnement à une piscine bavaroise, passé de 100 marks (51,13 euros) à 66 euros, à la barre chocolatée vendue dans une station-service de Hambourg, grimpée à 70 centimes d'euros contre un mark (0,48 euro) auparavant. Une semaine après le lancement de cette campagne, le gouvernement du chancelier Gerhard Schroeder, qui prépare les élections de septembre, convoquait vendredi une réunion avec les associations de consommateurs et les représentants du commerce. Si les ministres reconnaissent qu'ils ne peuvent pas faire grand chose pour faire baisser le prix du café d'en face ou de la coupe de cheveu du coiffeur du coin, ils veulent toutefois restaurer la confiance dans l'euro. Le mois dernier, le ministre des Finances Hans Eichel avait appelé les Allemands à boycotter les commerçants qui faisaient déraper les prix. "Il y a quelques moutons noirs, mais il y a beaucoup de gens qui ont fait les choses vraiment bien", a précisé le ministre. Reste que, comme l'a résumé sa porte-parole, "les statistiques sont une chose et la réalité en est une autre. Le gouvernement ne serait pas un bon gouvernement s'il ne réagissait pas devant ce que ressent la population." Mais tout le monde n'était pas convaincu au sein de l'équipe Schroeder de l'utilité de la réunion de vendredi, et notamment le ministre de l'Economie Werner Mueller qui s'est abstenu de participer à ce "teuro sommet" qu'il considère surtout comme "un spectacle" à l'attention de l'opinion publique. Les associations de consommateurs, elles, se félicitaient d'une initiative jugée toutefois un peu tardive. Pour la Commission européenne, l'augmentation générale entraînée par l'introduction de l'euro n'a pas excédé 0,16%. Mais les consommateurs ne se fient guère aux statistiques. Et même si les Allemands sont peut-être ceux qui crient le plus forts, ils ne sont pas les seuls à se plaindre. "Chaque pays est mécontent", estime Caroline Hayat, porte-parole de l'organisation des consommateurs européens, basée à Bruxelles. Et leurs protestations n'étant pas prises en compte, "ils sont de plus en plus mécontents" En février, l'organisation a recensé les plaintes de ses adhérents: des hausses signalées chez les coiffeurs, les boulangers, dans les parkings, les restaurants, les cinémas, dont beaucoup ne peuvent s'expliquer que "par des commerçants sans scrupules qui utilisent l'euro pour augmenter les prix". Vendredi, le commissaire européen David Byrne s'est dit "préoccupé" par les bonds de certains produits après le 1er janvier. "Dans certains secteurs, les prix ont augmenté au-delà des taux moyens", a-t-il reconnu, notant que l'alimentation ou les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration avaient enregistré une hausse moyenne de 4%. Il semble, a-t-il admis, que certains "cherchent à exploiter la situation pour faire grimper les prix". Il a aussi souligné que ces hausses marquent davantage les esprits que les baisses qui les compensent, notamment dans le secteur des communications ou des transports. AP |