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Les risques en cas de crue "majeure" à Paris |
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PARIS (AP) - Hôpitaux, musées, RATP, SNCF, EDF, France Télécom, chauffage urbain... Tous se sont mobilisés contre les risques d'inondations qui pourraient toucher la capitale, dans le cadre d'un plan de secours et de protection de leurs installations. "La RATP est sans doute le grand opérateur le plus prêt à affronter" un risque de crue majeure, de l'avis de la préfète Michèle Merli, secrétaire générale de la zone de défense de Paris. Mais "les autres rattrapent bien leur retard, notamment EDF, GDF, France Télécom et les réseaux d'eau potable". Voici les risques encourus sur la base d'un scénario calqué sur la crue de 1910, et les mesures déjà prises ou envisagées par les différents opérateurs: - Hôpitaux : une quinzaine d'établissements (représentant un nombre de 8.000 lits) sur les 41 dépendant de l'AP-HP (24.000 lits au total) seraient menacés en cas de crue centennale, dans la situation la plus défavorable. Il s'agirait notamment d'Henri-Mondor, de la Pitié-Salpétrière, de Saint-Antoine, de l'hôpital européen Georges-Pompidou, et de Louis-Mourier. Et sur les 8.000 lits concernés, on estime à 4.000 le nombre de malades qui seraient à déplacer via différents modes de transport sanitaire (SAMU, ambulances, transports collectifs ou individuels), ces malades étant déplacés avec leur équipe soignante. L'AP-HP n'est pas encore en mesure d'évaluer le nombre des personnels qui pourraient être touchés par une crue. Les hôpitaux concernés par les inondations représentent 36% de la capacité totale de l'AP-HP, 30% des lits long séjour et psychiatrie et 41% des lits court séjour dont 40% en réanimation. Huit services d'urgence ne seraient plus opérationnels mais il en resterait 13 dont trois spécialisés dans les urgences lourdes (Bicêtre, Lariboisière, Necker). Des hôpitaux d'accueil, dépendant ou non de l'AP-HP, ont été prédéfinis sur l'ensemble de la région parisienne. Au niveau de chaque hôpital, trois plans ont été lancés (prévention, protection, redémarrage), outre les deux plans (crise et secours) à l'échelle régionale. Murs d'enceinte en parpaings, installation de clapets anti-retour notamment sur les canalisations d'eau usée, pompes thermiques, sécurisation et stockage de groupes électrogènes, telles sont quelques-unes des mesures techniques prévues en cas de risque d'inondations. L'un des éléments essentiels est qu'"on essayera de rester sur place le plus longtemps possible à condition que la sécurité soit garantie, et ce même si les conditions hôtelières sont plus que dégradées (lits rassemblés dans une même chambre...)", souligne Michel Paoli, délégué aux risques techniques et écologiques à l'AP-HP, qui travaille sur le sujet avec Patrick Camphin, de la direction de la politique médicale de l'AP-HP. En 1910, des matelas avaient été posés à même le sol dans la chapelle de la Pitié-Salpétrière. "Le plan sera opérationnel pour Noël", ajoute Michel Paoli. "Il se fabrique progressivement à mesure que nous approfondissons notre connaissance du risque". - Musées, collections nationales: dix sites importants, dont plusieurs comportent des réserves de collections exceptionnelles qu'il importe de protéger, sont principalement concernés par le risque de crue, selon le ministère de la Culture. Il s'agit du musée du Louvre, de la Galerie nationale du Jeu de Paume, du musée de l'Orangerie, de l'Union centrale des arts décoratifs, de l'Hôtel de Sully, du musée Notre-Dame de Paris, de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, du musée d'Orsay, du futur musée du Quai Branly et du Grand Palais (et les galeries nationales). Un appel d'offres a été lancé pour déménager d'ici la fin de cette année les réserves en sous-sol sur un site non inondable, dont la surface nécessaire est estimée à 16.000m2 carrés environ. Par ailleurs, dans le cadre d'un plan de sauvegarde, à partir de l'alerte donnée entre 48 et 72 heures avant l'inondation, les collections présentées au public dans les espaces inondables ainsi que certaines réserves seraient remontées dans les étages supérieurs de l'établissement selon un plan de priorité défini à l'avance par les personnes du site. En attendant, une étape applicable progressivement viserait à préserver autant que possible le patrimoine et les installations (centraux téléphoniques, PC de sécurité), à rendre étanches les réserves et à rechercher des solutions permanentes pour les réserves. - RATP: la Régie autonome des transports parisiens se prépare au risque inondation depuis 1996 et a élaboré un plan de protection -opérationnel depuis 2000- se fixant trois objectifs, tout d'abord celui d'empêcher l'eau d'envahir les installations. Ainsi, 400 points à protéger en surface (sur les 3.000 existants) ont été identifiés sur 53 zones géographiques. Il s'agit d'accès de métro, de bouches d'aération et de grilles de ventilation. Dans le cadre de la réalisation des protections, sont prévus 68.000 parpaings, 487 murs en "L" préfabriqués, 1.300 tonnes de mortiers, 530m3 de béton, 10.000m de bastaings (madriers) et entre 100 et 150 camions. L'édification de ces protections, réalisées en 72 heures, mobiliserait 850 personnes, dont 450 seraient des agents RATP. Des zones d'hébergement de ces employés ont été définies (dépôts RATP) et sept zones de stockage du matériel ont été arrêtées par la préfecture de police, dont la place de la République et la pelouse de Reuilly. Il faudrait intervenir d'abord sur les correspondances avec la ligne RER-C de la SNCF, "inondable" à partir de 6m à l'échelle du pont d'Austerlitz, principalement à Saint-Michel. Du fait de l'altimétrie des lieux, seraient notamment concernés la station Cour-Saint-Emilion de la ligne 14, le pôle Gare de Lyon et les immeubles Lyon-Bercy et Lachambeaudie. En cas de crue majeure, la régie disposerait de bateaux à fond plat pour se rendre de barrage en barrage. Et en cas de rupture de barrage, les services auraient la possibilité de colmater à l'aide de ciment à prise rapide. Certaines stations de métro ou de RER pourraient être fermées sur décision des pouvoirs publics, comme sur la ligne 9 (Pont de Sèvres/Mairie de Montreuil) ou sur la ligne A du RER (Châtelet, Gare de Lyon). Le deuxième objectif serait d'évacuer des eaux provenant par exemple d'infiltrations plus importantes que prévues ou de liaisons avec des tiers non-protégés comme les entrées directes avec les grands magasins. En cas d'alerte, la surveillance de la centaine de postes d'épuisement "sensibles aux crues" serait renforcée tout comme celle des drains de voie canalisant les eaux vers les postes d'épuisement et les égouts. Les pompes ont été renforcées en cas de saturation des égouts. Enfin, le troisième objectif viserait à mettre à l'abri du matériel roulant. La RATP a mis en place un plan spécifique estimé à deux millions d'euros qui permettrait d'éviter que 110km de tunnels ne soient noyés et de sauver le matériel des eaux. Sans cela, les dégâts sont estimés entre quatre et cinq milliards d'euros et entre quatre et cinq années seraient nécessaires à la remise en état du réseau. - EDF: l'eau et l'électricité n'ont jamais fait bon ménage. Sur les 5.000 postes de quartier implantés dans la capitale, dont la quasi totalité en sous-sol, 600 seraient inondés et 600 autres coupés par effet de panne, ce qui représenterait entre 300.000 et 350.000 foyers touchés. Chez Electricité de France, trois objectifs président aux mesures affinées depuis un an: sécurité, fourniture de courant à ceux qui seront dans le noir, et rétablissement de l'électricité en moins d'une semaine quand les quartiers touchés n'auront plus les pieds dans l'eau. Ainsi, différents moyens humains et matériels seront engagés: 700 agents venus de province pourraient appuyer leurs 250 collègues travaillant dans Paris intra-muros et quelque 1.000 autres opérant dans les départements franciliens qui pourraient être aussi touchés. Dans le cadre de la Force d'intervention rapide électricité, 600 groupes électrogènes stockés dans trois régions pourraient être mobilisables en 24 heures pour fournir du courant en fonction des priorités décidées par les pouvoirs publics, en plus de ceux, probablement, déjà installés dans la capitale pour des cas de pannes ponctuelles. Par ailleurs, des kits comprenant pompes ainsi qu'ustensiles de séchage et de nettoiement prévus au moment de la phase du redémarrage, sont déjà stockés. A noter: les 600 postes de quartier menacés d'être noyés seraient coupés sans attendre qu'ils soient sous les eaux. Cette mesure permettrait qu'ils ne soient totalement détruits. - France Télécom: l'opérateur, qui a mis en place un plan de crise spécifique depuis près d'un an, donne la priorité à la sauvegarde des installations et des bâtiments pour assurer un redémarrage le plus rapide possible au moment de la décrue. Selon France Télécom, trois centraux -sur un total de 37- sont situés en zone inondable (vers les Tuileries et dans le 15e arrondissement), chaque central desservant environ entre 30.000 et 40.000 clients. Le premier central menacé, situé dans le 15e, le serait à partir de 8,80m d'eau au niveau du bâtiment. Les câbles téléphoniques -tous souterrains- seraient en outre touchés, l'opérateur n'ayant aucun réseau aérien de secours, et dix centraux seraient menacés de coupure EDF, la privation de courant étant le risque majeur. En cas d'inondation, sont donc prévus des groupes électrogènes d'une autonomie de dix jours pour pallier les coupures de courant, la mise en place de murs étanches et batardeaux (poutres métalliques étanches amovibles) pour ceinturer les bâtiments menacés, de clapets anti-retour pour empêcher les eaux de remonter par les égouts. Il est aussi envisagé d'étanchéifier les arrivées de câbles pour pallier la remontée des eaux en sous-sol, d'installer des pompes autonomes de secours pour évacuer des eaux qui pourraient s'infiltrer, et un système d'isolation par murage d'une partie du réseau souterrain. Selon France Télécom, qui souligne pouvoir compter sur des soutiens techniques et humains venant de l'ensemble du territoire, la mise en sécurité du réseau s'effectuerait en deux heures (délai "vérifié grâce à un exercice en temps réel avec inondation par les pompiers de Paris"). - Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU): dans l'hypothèse d'un scénario "crue de 1910", des moyens de production seraient exposés à la montée des eaux: les chaufferies CPCU de Grenelle, Bercy, et Ivry deviendraient indisponibles tandis que celle de Saint-Ouen pourrait rester en exploitation. S'agissant du réseau de distribution, le risque majeur résiderait dans la submersion de certaines parties du réseau. Il ne serait alors plus possible de protéger certaines canalisations à proximité immédiate du fleuve, en particulier à Ivry, dans les 7e, 13e et 15e arrondissements ainsi qu'à Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux. Il faudrait donc mettre hors service les canalisations concernées avant qu'elles soient inondées pour éviter ce type de désordre. En dehors des immeubles situés dans les zones submergées, les clients resteraient alimentés si la crue ne sévissait pas pendant une période froide. Dans le cas contraire, des dispositions seraient adoptées pour préserver l'alimentation des clients prioritaires, dont les hôpitaux. En cas de fortes crues, plus de 250 personnes seraient mobilisées par la CPCU. AP |