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Il va falloir parler anglais pour faire ses courses
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TEMPETE dans un verre d'eau ou inquiétude justifiée ? La procédure d'infraction lancée par la Commission européenne samedi contre la France perturbe à la fois les consommateurs et les défenseurs de la langue française. Va-t-on assister à une déferlante de produits étiquetés uniquement en anglais, des chicken wings, hamburgers, crumbles, brownies, et autres milk-shakes, sans même que leur dénomination n'apparaisse en français ? La Commission a en effet demandé aux autorités françaises, dans un « avis motivé », de cesser d'imposer l'étiquetage en français des produits alimentaires vendus sur son territoire, comme la loi Toubon « relative à l'emploi de la langue française » l'obligeait depuis 1994. « Nous maintenons l'obligation d'étiquetage en français » « Tout le monde sait ce qu'est un hamburger. Cela ne sert à rien de lui trouver un équivalent en écrivant steak haché entre deux tranches de pain, explique Blandine Pellistrandi, porte-parole de la représentation française de la Commission européenne. Or, la France imposait cela sous peine de sanction. » La législation européenne permettrait désormais que des ailes de poulet soient vendues en France sous le simple nom de « chicken wings » (ce qui n'était le cas jusqu'alors) si une photo explicite figure sur le carton d'emballage. La France a deux mois pour se conformer à ce droit communautaire et réviser sa législation, sous peine de quoi elle sera condamnée par la Cour de justice européenne. Mais Renaud Dutreil, secrétaire d'Etat aux PME et au Commerce, a d'emblée prévenu : « Nous maintenons l'obligation d'étiquetage en français, mais nous rajoutons une disposition permettant d'étiqueter en une ou plusieurs langues étrangères. » Ce projet de décret, signé hier, va dans le sens des associations de consommateurs français, fermement opposés à la décision de Bruxelles, dont l'objectif caché, selon elles, est d'obtenir la généralisation d'un étiquetage en anglais, langue supposée comprise de tous. Une façon aussi pour les industriels de réduire considérablement leur coût de production en ne fabriquant qu'un seul et unique emballage pour tous les pays. « L'information doit être faite en français, de manière lisible, complète et compréhensible pour le consommateur, afin qu'il ne soit ni trompé, ni induit en erreur sur le produit qu'il achète », tance Bernard Orphelin, membre de l'association Léo-Lagrange pour la défense des consommateurs. Même son de cloche au Conseil international de la langue française : « Nous ne voulons pas d'un monopole et d'un impérialisme de l'anglais, qu'une majeure partie des gens ne parlent pas, sous prétexte de l'uniformisation. Les Français ont droit à ce qu'on leur parle dans leur langue. » La Commission européenne se veut rassurante, estimant que sa demande « tend simplement à éviter des abus », comme ces procès-verbaux dressés à tour de bras à l'encontre de supermarchés qui vendaient des bouteilles de Coca étiquetées uniquement en anglais. Céline Rousseaux |