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« 20 ou 30 centimes d'euro, c'est sûr,
je vais me faire avoir »

 




AVANT, ILS AVAIENT leurs petites habitudes au Franprix du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). Mais les hausses de prix liées à l'euro ont achevé de convaincre Angélique et Arek de venir, chaque week-end, au Carrefour voisin d'Aulnay-sous-Bois, où le gel des prix a été décrété depuis novembre dernier. « Dans l'ensemble, ils ont respecté le deal », estime ce jeune couple qui s'avoue néanmoins inquiet pour son budget du mois prochain.

Pessimiste A partir d'aujourd'hui, la parenthèse du gel des prix sera en effet refermée, et la valse des étiquettes reprendra de plus belle. Seule exception : les produits maison, que le distributeur s'est engagé à ne pas augmenter jusqu'à fin juin. « Mais si on veut de la qualité, on paiera forcément la note, estime Angélique, car si les crèmes aux oeufs et les sablés aux noisettes estampillés Carrefour sont vraiment bons, les colas, par exemple, sont exécrables. »
Cheng, venu ici avec sa petite famille, opine du chef. Car ce quadragénaire souriant ne voit pas non plus comment il pourra échapper à la future envolée de sa facture. « On n'achète déjà que le strict nécessaire, pas question donc d'acheter moins, et puis il y a des produits auxquels les enfants sont attachés », explique-t-il, en désignant les nombreux paquets de Kellogs au chocolat entassés dans son chariot.
Même Martial, au courant de toutes les offres promotionnelles - « le café, c'est pour bientôt », se réjouit-il - et qui regarde chacune de ses additions à la loupe, est plutôt pessimiste. « Comparer les prix relève déjà de l'exploit, puisque certains produits disparaissent des rayons, avant de réapparaître quelques semaines plus tard », estime ce barbu, qui peste contre ces « pratiques commerciales douteuses ». « Mais, en plus, poursuit-il, même moi, je ne verrai pas ce que représente une hausse de 80 centimes d'euro... », estime-t-il.
« Avant, une augmentation de 2 F, ça me faisait "tilter", confirme Laurent dans son survêtement Adidas. Mais 20 ou 30 centimes d'euro, c'est sûr, je vais me faire avoir », assure-t-il, escorté de son fils Adrien. La preuve ? « Quand il faut comparer les prix au kilo, en euros, j'ai encore du mal », confesse-t-il. Voilà pourquoi comme Martial ou Angélique d'ailleurs, il aimerait que la période de double affichage soit prolongée quelques mois encore.
Et sinon ? « Sinon, plutôt que de garder mon convertisseur dans mon sac, je ferai comme ma grand-mère : je m'en servirai », s'esclaffe Angélique.

Odile Plichon
Le Parisien , lundi 01 avril 2002 Lire l'article sur le site du Parisien