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Tristan le preux, le franc est mort

Petit point sur l'intrigue : ce texte conclut l'histoire tragique de Tristan et Iseut, deux amoureux légendaires qui partagé une passion sans limite après avoir bu un filtre d'amour. Mais Iseut était destiné à se marier avec le roi Marc, suzerain de Tristan. Avant cet extrait Tristan avait demandé à son meilleur ami d'aller quérir Iseut, car étant mourrant, il sentait que la seule façon de guérir serait de revoir sa dulcinée. Il charge donc son ami de revenir avec elle et lui donne pour cela quarante jours. De plus son ami devait avertir Tristan du résultat de sa quête en mettant une voile blanche s'il était parvenu à ramener la belle et une noire en cas d'échec. Tristan attend, la crainte au cœur, s'accrochant à ses lambeaux de vie, le retour du bateau. Celui-ci a été retardé par une tempête. Tristan est à l'agonie quand la nef arrive enfin. Mais sa femme, voulant se venger, lui annonce que la voile est noire. Donc Tristan est persuadé que Iseut a refusé de venir le voir.

Alors Tristan se tourne contre le mur et dit:
"Que Dieu te sauve, Iseut, et me sauve! Puisque tu n'as pas voulu venir jusqu'à moi, il me faut mourir pour l'amour de toi. Je ne puis plus tenir ma vie; pour toi, je meurs, Iseut. Tu n'as pas eu pitié de mon mal. Mais, amie, ce m'est grand réconfort que tu auras pitié de ma mort."
"Amie Iseut" trois fois a dit ; la quatrième il rend l'esprit.

Alors par la maison, pleurent ses chevaliers, ses compagnons, hauts sont les cris, grande est la plainte. Ils enlèvent le corps du lit, l'étendent sur le drap de soie et le couvrent d'un voile.

Le vent s'est levé sur la mer, gonfle la voile, pousse la nef jusqu'au rivage.

Iseut est sortie de la nef, entend la plainte par la rue, les cloches aux moutiers, aux chapelles, demande aux gens les nouvelles, pour qui sont sonnées ces cloches, pour qui sont versés ces pleurs.
Un ancien alors lui dit :
"Belle dame, que Dieu m'aide. Nous avons ici telle douleur que jamais nulle part il n'y en eut plus grande. Tristan le preux, le franc est mort. Il était large aux besogneux, secourable aux douloureux. D'une blessure qu'il avait reçue, il est mort tout à l'heure dans son lit. Jamais pareil malheur ne frappa cette terre."

Iseut entend la nouvelle, de douleur elle ne peut dire mot, elle va désaffublée, devant tous les autres, au palais. Les Bretons n'avaient jamais vu femme si belle. Tous s'émerveillent et demande d'où elle vient et qui elle est.

Iseut se rend où est le corps, elle se tourne vers l'orient, pour son ami prie piteusement.
"Tristan, puisque je te vois mort, je ne puis ni ne dois plus vivre. Maudite tempête qui me fit si longtemps demeurer sur la mer. Si j'étais venue à temps, je t'aurais rendu la vie, je t'aurais parlé doucement de l'amour qui fut entre nous. J'eusse plaint notre aventure, nos joies, nos plaisirs, et nos peines. Je t'aurais embrassé et enlacé. Puisque je n'ai pu te sauver, puissions nous donc mourir ensemble. Puisque je t'ai trouvé mort, nous partagerons encore ce boire. ¨Pour moi tu as perdu la vie, je serais ami véritable, pour toi je veux mourir aussi."

Elle l'embrasse, près de lui s'étend, lui baise la bouche et la face, étroitement à lui s'enlace, corps à corps, bouche à bouche.

A ce moment rend son esprit.

Tristan mourut pour son désir, Iseut d'être trop tard venue ; Tristan mourut pour son amour et la belle Iseut de douleur.

Quand le roi Marc apprit la mort des amants, il vint en Bretagne. Il fit préparer deux cercueils, un de calcédoine et l'autre de béryl : Tristan fut mis en calcédoine et Iseut fut mise en béryl. Puis Marc les emporta sur sa nef. Il les fit ensevelir en deux tombeaux, de chaque côté d'une chapelle, afin que même après leur mort ils fussent séparés, mais on raconte que pendant la nuit un rosier germa du cœur d'Iseut et qu'une vigne jaillit du cœur de Tristan. Ce rosier et cette vigne crûrent si haut qu'au-dessus de la chapelle, ils entrelaçaient leurs branches, mêlant feuilles, fleurs et fruits. Par trois fois ils furent coupés, et trois fois ils repoussèrent.

Le conteur fini ici ce conte.

A tous amants,
Il dit salut : aux pensifs et aux heureux, aux envieux, aux désireux, aux réjouis, aux éperdus, à tous ceux qui m'ont écouté. J'ai dit le mieux que j'ai su ; j'ai dit toute la vérité.
Puissent les amants y trouver réconfort encontre change, encontre tort, encontre peine, encontre pleur, encontre tous les maux d'amours.


Lire le texte d'origine sur le site de Culture Générale . Excellent !!!