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Trois milliards de pièces d'euros frappés en trop en France




La France a frappé plus de trois milliards de pièces d'euros en trop, un stock encombrant à gérer, alors que l'usine de Pessac (Gironde) qui les a fabriquées, est déjà entrée "en hibernation" par manque de nouvelles charges de travail, selon des sources syndicales confirmant des informations de presse.

A la suite des recommandations du Comité Ecofin, rassemblant les ministres européens de l'Economie et des Finances des 15 pays membres de l'UE, chaque pays a évalué la masse d'euros à frapper. "Ecofin avait évalué cette masse pour la France à 12 milliards de pièces, la Direction des Monnaies et Médailles a fait fabriquer à Pessac moins de 9 milliards et la Banque de France et les banques en ont distribué 5 milliards: il reste donc plus de 3 milliards de pièces en stock", résume Régis Arnaud, du syndicat ouvrier FO de Pessac.

"L'établissement de Pessac (365 salariés) a réalisé de gros investissements, en achetant notamment des presses monétaires dernier cri, les ouvriers du monnayage et du conditionnement ont travaillé en 2x8, et en trois ans et demi, on est arrivé à une production de 3 milliards de pièces par an", ajoute M. Arnaud.

Aujourd'hui, "une partie des machines est arrêtée, des matériels ont été démontés, ces gros investissements ne servent plus, on est en hibernation", déplore-t-il. Selon M. Arnaud, cette situation "va commencer de poser des problèmes d'occupation à plein temps des salariés qui vont être compensés par des congés en cessation progressive d'activité et des départs en retraite qui ne seront pas remplacés".

L'établissement de Pessac et les Monnaies et Médailles de Paris devraient donc commencer prochainement de recevoir les pièces d'euros en trop, stockées dans des sacoches de 10 kg, "dès que le feu vert aura été donné par Bercy et la Banque de France, propriétaire des pièces", a indiqué le syndicat de FO-Monnaies et Médailles, deuxième syndicat derrière la CGT. "A charge pour ces ateliers de les reconditionner en rouleaux qui seront livrés ultérieurement à la Banque de France, le contrat avec les transporteurs de fond s'achevant fin 2003", a-t-il ajouté.

Selon Bercy, "à partir de début 2002, on a constaté dans l'ensemble de la zone euro que les Européens utilisaient moins de pièces et de billets que prévu et la France comme ses partenaires, a décidé de réduire le rythme de frappe".

"Entre 1998 et fin 2001, la production de pièces par habitant a été de 133 pour la France contre 170 en moyenne dans la zone euro", a précisé Bercy qui affirme "avoir pris des mesures pour adapter et sauvegarder l'outil industriel".

De source proche du dossier, on précise qu'il y a eu "3,9 milliards de pièces d'euros en trop fabriquées à Pessac" mais qu'on a "corrigé le tir pour ralentir la production, en cours de route".

Pessac va désormais s'occuper des pièces de 10 et 20 F, pour les "démonétiser", c'est-à-dire séparer les métaux qui les constituent et les détruire. Le centre devrait continuer de produire quelques centaines de millions de pièces (des centimes) dites "d'entretien", dont le nombre (200 millions ou plus) doit être précisé dans le budget 2003. Des contrats à l'export seraient aussi les bienvenus.

FO, inquiète "pour le devenir des établissements" va remettre mardi une pétition à la direction. "Nous ne saurions admettre que le passage à l'euro, quelles que soient les erreurs d'appréciation commises, et les restrictions budgétaires, servent de prétexte au démantèlement d'un établissement historique (les Monnaies et Médailles)", a souligné FO-Finances dans un communiqué.